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Votre film traite d’un sujet triste et grave, mais il s’y dégage une grande douceur. Votre souhait était-il d’aller au-delà du drame ?

Ce que j’ai voulu faire avant tout chose, c‘est un film qui parle de la vie, même s’il traite de la thématique de la mort. Mon souhait était de mettre en avant la force qui peut se dégager face à la maladie et d’insister sur le message suivant : la vie est toujours plus forte que la mort.

Votre maman est atteinte d’un cancer et votre sœur, en parallèle, est enceinte. C’est la vie face à la mort. Était-ce un coup du sort pour votre famille ?

Je ne dirais pas que c’était un coup du sort. Cette situation se passe souvent dans une famille, à savoir que quand une personne meurt, une autre vient au monde. Le jour où j’ai vu, côte à côte dans un lit, ma mère atteint d‘un cancer, et ma sœur qui attendait son enfant, cette juxtaposition m’a littéralement sauté aux yeux.

Votre mère a résisté jusqu’à la naissance de votre nièce. Est-ce que vous pensez que c’est ce qui lui a permis de lâcher prise?

La grossesse de ma sœur lui a donné une raison concrète de tenir. Elle tenait à être présente au moment de la naissance. Elle s’en est allée deux mois à peine après cette naissance. Je ne peux m’empêcher de voir un lien évident entre les deux évènements. Pour ce qui est du lâcher-prise, tout ne se résume pas à cette naissance. Sur la durée d’une maladie, en l’occurrence quatre années pour ma mère, le lâcher-prise se mène sur le long terme. Il s’agit d’un véritable processusqui passe par tout un nombre d’étapes. On ne peut pas envisager de lâcher-prise et de quitter les siens du jour au lendemain.

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À aucun moment il n’y a de la colère. Est-ce un choix de votre part ou alors est-ce que votre mère a toujours réagi calmement ?

La colère a bel et bien existé au début de la maladie de ma mère mais je ne sentais alors pas la nécessité de la filmer. Je n’étais pas en état de le faire à vrai dire. J’ai décidé d’enclencher ma caméra le jour où cette colère s‘est apaisée. J’ai cherché une certaine sérénité pour commencer à filmer.

Votre père, lui, réagit d’une autre façon. Il fait face en mettant en place un projet d’agrandissement de la maison. Qu’est-ce qui vous a le plus frappé dans votre famille ?

La diversité des réactions justement. Si pour ma sœur, le fait de mettre au monde un enfant lui a permis de tenir, pour mon père il s’agissait d’agrandir notre salle à manger, lieu pivot de notre famille. En ce qui me concerne, j’ai réagi en enclenchant ma caméra et en réalisant ce film. Chacun va puiser dans ses propres ressources pour faire face à un tel drame. En ce sens, j’ai voulu montrer ce qu’on peut faire à la mort, plus que la façon dont on la subit.

Avec votre film on fait une véritable plongée dans l’intimité de votre famille. On partage des repas avec vous, on accompagne votre mère chez le médecin. Vous avez filmé pendant plus de deux ans. Quelles réactions cela a suscité au sein de votre famille ?

J’avais déjà eu l’occasion de filmer mon père dans mon court-métrage Maye & Fils qui traite déjà de la notion du deuil. Ma famille était en quelque sorte déjà habituée à ce dispositif. Ils ont donc accepté assez facilement la présence de ma camé- ra. Cela dit j’ai respecté le choix de mes frères de ne pas vouloir s’exprimer face à la caméra. En ce qui concerne ma sœur et mon père, j’ai l’impression que nos démarches respectives on fait corps, qu’elles se sont même renforcées l‘une lautre.

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Comment gère-on une telle proximité ? Avez vous fixé des limites dans ce que vous vouliez montrer ? À aucun moment ne vous-êtes vous dit : « stop, j’arrête de filmer » ?

Non. À partir du moment où j’ai décidé de le faire, j’ai voulu aller jusqu’au bout. Je suis par contre resté constamment réceptif à ce qui qui était en train de se passer afin de sentir quand la caméra a lieu d’être ou pas. Tout au long du tournage, mon cerveau était comme scindé en deux. J‘avais à la fois un pied dans ma prore histoire et un autre pied à l’extérieur. Toute la difficulté de filmer une réalité aussi intime réside dans le fait de trouver la bonne distance, de ne pas être submergé par l’émotion, de pouvoir être filmeur et fils ou frère en même temps, de pouvoir faire l’aller-retour entre ces deux casquettes.

Interview réalisée par Zoé Decker (couleur 3)

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UN FILM DE David Maye

 

 

LES GRANDES TRAVERSEES réalisation DAVID MAYE montage PRUNE JAILLET et DAVID MAYE montage son et mixage TIJN HAZEN musique originale JACQUES-HENRI SENNWALD direction de production SOPHIE CLIO RICHARD production TERRAIN VAGUE – DAVID MAYE en coproduction avec la RTS – RADIO TELEVISION SUISSE, UNITE DES FILMS DOCUMENTAIRES, IRENE CHALLAND et GASPARD LAMUNIERE avec la participation de CINEFORM et le soutien de la LOTERIE ROMANDE, de la FONDATION ERNST GÖHNER, du POUR-CENT CULTUREL MIGROS, du CANTON DU VALAIS, de la LIGUE VALAISANNE CONTRE LE CANCER et de 256 CONTRIBUTEURS