Note d’intention du réalisateur

En novembre 2014, alors que ma mère vient à bout d’une énième chimiothérapie, ma sœur nous annonce qu’elle est enceinte. C’est la première fois, en trois ans de lutte acharnée contre la maladie, que je vois le visage de ma mère s’illuminer ainsi, comme si elle revenait brusquement à la vie. Une ligne se dessine soudainement sous mes yeux, avec d’un côté ma sœur qui porte en elle le début d’une histoire, et de l’autre ma mère qui aborde la fin de la sienne. C’est ce moment, plus que tout autre, qui détermine mon intention de réaliser ce film.

À la même période, mon père décide d’agrandir notre salle à manger. Je décèle dans son geste une signification similaire à la grossesse de ma sœur, comme si ce projet de construction était une manière de se raccrocher à un élément tangible face au délitement qu’impose la maladie. Je perçois dans leurs projets respectifs une façon de résister face à la disparition annoncée de ma mère et de se projeter dans un avenir sans elle.

Notre maison familiale, située au cœur du vignoble valaisan, s’est très vite imposée comme le territoire central du film. Ma sœur y prodigue régulièrement des soins à ma mère et mon père veille sans relâche au bon fonctionnement de la maisonnée. J’ai opté pour un dispositif de tournage léger afin de préserver un certain degré d’intimité. Seul derrière la caméra, j’invite le spectateur au cœur d’échanges privilé- giés. Je souhaitais dès le départ une caméra qui prenne le temps de dérouler les dialogues, de saisir des instants et de les laisser se développer.

La parole est un élément essentiel du projet, mais j’ai aussi cherché à filmer ces instants où l’attente prédomine, où le geste se substitue à la parole, quand nous sommes réduits au silence, dépassés par ce qui est en train de se passer. J’ai cherché à traduire l’intensité de cet état intérieur à travers les éléments naturels environnants : la pluie qui bat, le vent dans les arbres et la lumière qui s’estompe.

En accompagnant mes proches, caméra au poing, sur une période de deux ans, j’ai cherché à traduire le rôle que joue le temps dans le processus de deuil. La mort n’est pas traitée comme un évènement mais comme un processus. En prenant le temps de témoigner des ressources que mes proches ont mis en oeuvre pour faire face, c’est avant tout un film sur la vie et l’espoir que j’ai tenu à réaliser.

UN FILM DE David Maye

 

 

LES GRANDES TRAVERSEES réalisation DAVID MAYE montage PRUNE JAILLET et DAVID MAYE montage son et mixage TIJN HAZEN musique originale JACQUES-HENRI SENNWALD direction de production SOPHIE CLIO RICHARD production TERRAIN VAGUE – DAVID MAYE en coproduction avec la RTS – RADIO TELEVISION SUISSE, UNITE DES FILMS DOCUMENTAIRES, IRENE CHALLAND et GASPARD LAMUNIERE avec la participation de CINEFORM et le soutien de la LOTERIE ROMANDE, de la FONDATION ERNST GÖHNER, du POUR-CENT CULTUREL MIGROS, du CANTON DU VALAIS, de la LIGUE VALAISANNE CONTRE LE CANCER et de 256 CONTRIBUTEURS